Illustration : André Hellé, 1946.
Aucune œuvre littéraire au monde n’a été plus illustrée que les Fables de la Fontaine. Il n’y a pas lieu de s’en étonner tant ces impérissables histoires nous donnent à voir : « Un jour sur ses longs pieds, allait je ne sais où / Le héron au long bec emmanché d’un long cou./ Il côtoyait une rivière./ L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ». Le crayon et le pinceau n’ont plus qu’à suivre. Et le héron de soliloquer. Et le loup et le chien de dialoguer. Qui s’en étonnerait ? Petits et grands entrent de plain-pied dans les Fables. Et qu’importe dès lors qu’un corbeau tienne dans son bec un fromage. Il n’est pas un corbeau mais LE corbeau dont la métaphore nous ramène à nous-mêmes et à nos travers. « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes », nous avertit La Fontaine. Une telle suggestivité n’a pas manqué d’inspirer les illustrateurs, à commencer par les plus grands : Chauveau au XVIIème siècle, Oudry au XVIIIème, Grandville et Doré au XIXème, Rabier pour le premier XXème siècle et Chagall pour le second. C’est que les Fables traversent allègrement les siècles.  Au fil du temps, les images se sont extraordinairement multipliées. A combien pourrait-on les dénombrer aujourd’hui ? Par milliers. Aux illustrateurs classiques, se sont joints au XXème siècle, innombrables, ceux pour les enfants, dans un assaut de créativité et d’originalité proprement confondant. Jeux éducatifs, protège-cahiers, buvards, bons points mais aussi vaisselle sont devenus autant de supports. La publicité a suivi. Comment les étiquettes de camembert n’auraient-elles pas pu s’emparer de la fable du corbeau et du renard ? Aujourd’hui, cette veine illustratrice ne s’est pas totalement tarie et témoigne que les Fables ont conservé leur vigueur. Les images sont toujours souriantes mais un solide ton en-dessous du déferlement iconographique quelque peu enfantin des années 1950. Les Fables, à bien y regarder, ne sont pas si aimables : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ». La Fontaine est un pessimiste ou si l’on veut un réaliste mais dans la catégorie allègre et moqueuse. C’est dire que saluer le 400e anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine par une exposition sur l’illustration de ses Fables s’impose en quelque sorte. Et fi de sa biographie ! Il suffira de rappeler qu’il est né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, sous le règne de Louis XIII, et qu’il nous a donné en trois recueils successifs (1668, 1678, 1694) pas moins de 240 fables.  Cependant, on ne connaît véritablement que celles qui ont été les plus illustrées (et inversement). Une quarantaine tout au plus. Le renard, le loup et le lion montent sur le podium des personnages, suivis par le lion, l’âne, le chat, le rat. Tout un cortège animalier s’engouffre à leur suite Les humains sont là aussi, en moindre nombre et jamais à leur avantage comme on le voit dans « Le meunier, son fils et l’âne » ou encore dans « L’huître et les deux plaideurs ». Toutes ces fables font partie de notre paysage culturel, mental même. Qui n’a pas appris dans son enfance une ou deux fables de La Fontaine ? Qui ne se souvient pas de quelques vers ? Elles atteignent aujourd’hui leurs quatre siècles mais elles ne vieillissent pas. Pierre Daninos, bien oublié aujourd’hui, écrivait que La Fontaine restait d’une « transcendante actualité ». « Plus il vieillit, plus il est jeune ». Claude Quétel,historien et auteur
Aucune œuvre littéraire au monde n’a été plus illustrée que les Fables de la Fontaine. Il n’y a pas lieu de s’en étonner tant ces impérissables histoires nous donnent à voir : « Un jour sur ses longs pieds, allait je ne sais où / Le héron au long bec emmanché d’un long cou./ Il côtoyait une rivière./ L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ». Le crayon et le pinceau n’ont plus qu’à suivre. Et le héron de soliloquer. Et le loup et le chien de dialoguer. Qui s’en étonnerait ? Petits et grands entrent de plain-pied dans les Fables. Et qu’importe dès lors qu’un corbeau tienne dans son bec un fromage. Il n’est pas un corbeau mais LE corbeau dont la métaphore nous ramène à nous-mêmes et à nos travers. « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes », nous avertit La Fontaine. Une telle suggestivité n’a pas manqué d’inspirer les illustrateurs, à commencer par les plus grands : Chauveau au XVIIème siècle, Oudry au XVIIIème, Grandville et Doré au XIXème, Rabier pour le premier XXème siècle et Chagall pour le second. C’est que les Fables traversent allègrement les siècles.  Au fil du temps, les images se sont extraordinairement multipliées. A combien pourrait-on les dénombrer aujourd’hui ? Par milliers. Aux illustrateurs classiques, se sont joints au XXème siècle, innombrables, ceux pour les enfants, dans un assaut de créativité et d’originalité proprement confondant. Jeux éducatifs, protège-cahiers, buvards, bons points mais aussi vaisselle sont devenus autant de supports. La publicité a suivi. Comment les étiquettes de camembert n’auraient-elles pas pu s’emparer de la fable du corbeau et du renard ? Aujourd’hui, cette veine illustratrice ne s’est pas totalement tarie et témoigne que les Fables ont conservé leur vigueur. Les images sont toujours souriantes mais un solide ton en-dessous du déferlement iconographique quelque peu enfantin des années 1950. Les Fables, à bien y regarder, ne sont pas si aimables : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ». La Fontaine est un pessimiste ou si l’on veut un réaliste mais dans la catégorie allègre et moqueuse. C’est dire que saluer le 400e anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine par une exposition sur l’illustration de ses Fables s’impose en quelque sorte. Et fi de sa biographie ! Il suffira de rappeler qu’il est né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, sous le règne de Louis XIII, et qu’il nous a donné en trois recueils successifs (1668, 1678, 1694) pas moins de 240 fables.  Cependant, on ne connaît véritablement que celles qui ont été les plus illustrées (et inversement). Une quarantaine tout au plus. Le renard, le loup et le lion montent sur le podium des personnages, suivis par le lion, l’âne, le chat, le rat. Tout un cortège animalier s’engouffre à leur suite Les humains sont là aussi, en moindre nombre et jamais à leur avantage comme on le voit dans « Le meunier, son fils et l’âne » ou encore dans « L’huître et les deux plaideurs ». Toutes ces fables font partie de notre paysage culturel, mental même. Qui n’a pas appris dans son enfance une ou deux fables de La Fontaine ? Qui ne se souvient pas de quelques vers ? Elles atteignent aujourd’hui leurs quatre siècles mais elles ne vieillissent pas. Pierre Daninos, bien oublié aujourd’hui, écrivait que La Fontaine restait d’une « transcendante actualité ». « Plus il vieillit, plus il est jeune ». Claude Quétel,historien et auteur
Aucune œuvre littéraire au monde n’a été plus illustrée que les Fables de la Fontaine. Il n’y a pas lieu de s’en étonner tant ces impérissables histoires nous donnent à voir : « Un jour sur ses longs pieds, allait je ne sais où / Le héron au long bec emmanché d’un long cou./ Il côtoyait une rivière./ L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ». Le crayon et le pinceau n’ont plus qu’à suivre. Et le héron de soliloquer. Et le loup et le chien de dialoguer. Qui s’en étonnerait ? Petits et grands entrent de plain-pied dans les Fables. Et qu’importe dès lors qu’un corbeau tienne dans son bec un fromage. Il n’est pas un corbeau mais LE corbeau dont la métaphore nous ramène à nous-mêmes et à nos travers. « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes », nous avertit La Fontaine. Une telle suggestivité n’a pas manqué d’inspirer les illustrateurs, à commencer par les plus grands : Chauveau au XVIIème siècle, Oudry au XVIIIème, Grandville et Doré au XIXème, Rabier pour le premier XXème siècle et Chagall pour le second. C’est que les Fables traversent allègrement les siècles.  Au fil du temps, les images se sont extraordinairement multipliées. A combien pourrait-on les dénombrer aujourd’hui ? Par milliers. Aux illustrateurs classiques, se sont joints au XXème siècle, innombrables, ceux pour les enfants, dans un assaut de créativité et d’originalité proprement confondant. Jeux éducatifs, protège-cahiers, buvards, bons points mais aussi vaisselle sont devenus autant de supports. La publicité a suivi. Comment les étiquettes de camembert n’auraient-elles pas pu s’emparer de la fable du corbeau et du renard ? Aujourd’hui, cette veine illustratrice ne s’est pas totalement tarie et témoigne que les Fables ont conservé leur vigueur. Les images sont toujours souriantes mais un solide ton en-dessous du déferlement iconographique quelque peu enfantin des années 1950. Les Fables, à bien y regarder, ne sont pas si aimables : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ». La Fontaine est un pessimiste ou si l’on veut un réaliste mais dans la catégorie allègre et moqueuse. C’est dire que saluer le 400e anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine par une exposition sur l’illustration de ses Fables s’impose en quelque sorte. Et fi de sa biographie ! Il suffira de rappeler qu’il est né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, sous le règne de Louis XIII, et qu’il nous a donné en trois recueils successifs (1668, 1678, 1694) pas moins de 240 fables.  Cependant, on ne connaît véritablement que celles qui ont été les plus illustrées (et inversement). Une quarantaine tout au plus. Le renard, le loup et le lion montent sur le podium des personnages, suivis par le lion, l’âne, le chat, le rat. Tout un cortège animalier s’engouffre à leur suite Les humains sont là aussi, en moindre nombre et jamais à leur avantage comme on le voit dans « Le meunier, son fils et l’âne » ou encore dans « L’huître et les deux plaideurs ». Toutes ces fables font partie de notre paysage culturel, mental même. Qui n’a pas appris dans son enfance une ou deux fables de La Fontaine ? Qui ne se souvient pas de quelques vers ? Elles atteignent aujourd’hui leurs quatre siècles mais elles ne vieillissent pas. Pierre Daninos, bien oublié aujourd’hui, écrivait que La Fontaine restait d’une « transcendante actualité ». « Plus il vieillit, plus il est jeune ». Claude Quétel,historien et auteur